Comment pérenniser une entreprise ? L’exemple de Weston

Quand une entreprise perdure une bonne trentaine d’années, on éprouve très souvent du respect. Il s’en dégage toute l’expérience et le savoir-faire qui vont avec, sinon ils auraient déjà fermé boutique, après tout… Mais quand une entreprise est là, depuis plus d’un siècle comme le chausseur haut-de-gamme J.M. Weston, on est carrément sur un autre niveau.

Pour comprendre comment cette entreprise a traversé deux guerres et opère toujours aujourd’hui, j’ai rencontré Thierry Oriez, son président depuis 2014. Contrairement ce que le nom “Weston” évoque, c’est bel et bien une marque française basée à Limoges ! Originellement connue en tant que “Blanchard”, l’entreprise change de nom et de méthode de production en 1922 et passe de 600 paires à 60 paires par jour afin de se concentrer sur la qualité de sa production. Aujourd’hui, ce sont 70 000 paires par an qui sortent de ces ateliers où tout est fait… à la main. Selon Thierry Oriez, le processus de création d’une chaussure dure près de deux mois…

Alors récapitulons : un marché où la concurrence est immense. Des matières premières de qualité, complexes à obtenir. Une chaîne de production non-industrielle. Un produit long à produire et populaire en contrefaçon. Un recrutement qui oblige à débusquer des employés formés à ce savoir-faire… On peut dire que pour les amateurs de challenges, ils ont de quoi se sustenter ! Mais en réalité, ce sont précisément toutes ces particularités, embrassées par Weston, qui en ont fait le succès grâce à la qualité du produit final et le prestige que l’on associe automatiquement avec une paire de chez Weston. 

Leur savoir-faire n’est pas la seule raison de la pérennité de J.M. Weston : l’entreprise a su parfois casser les codes tout en restant dans leur cœur de métier, en sortant des variations de modèles classiques ou en osant faire des choses nouvelles, comme leur collaboration avec Castelbajac en 94 (Thierry Oriez précise qu’à l’époque, “cela ne se faisait pas !”). S’adapter aux usages, bousculer le produit tout en conservant leurs fondamentaux… c’est ce qui a fait de cette marque une icône qui dure depuis 128 ans et dont les produits équipent notamment la Garde Républicaine. L’élément le plus marquant est, je pense, la solution de l’entreprise face au problème que pouvait représenter le recrutement de main d’oeuvre qualifiée : elle a “tout simplement” ouvert une fondation en 2011 qui participe à la formation des Compagnons du devoir, mais elle a également créé sa propre école qui forme 10 à 15 personnes chaque année. Malin et utile !

Merci encore à Thierry pour ce partage d’expérience très enrichissant, ainsi qu’à l’hôtel Fauchon, cadre très chic de cet épisode.

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