Il y existe un stéréotype répandu qui voudrait qu’un entrepreneur ne puisse pas être un bon manager et vice et versa. D’un côté, l’entrepreneur serait un créateur, un visionnaire, qui prend des risques et des décisions quant au futur de l’entreprise. De l’autre, le manager s’assurerait du bon fonctionnement au quotidien, gérerait les équipes et optimiserait les ressources. Et ces deux jobs ne seraient pas compatibles, ils seraient même opposés.

Si ce stéréotype existe, c’est probablement qu’il s’inspire d’un fond de vérité. 

Pour le comprendre, caricaturons un peu en imaginant d’un côté un type d’entrepreneur que nous appellerons le serial-entrepreneur, et de l’autre côté, l’entrepreneur-dirigeant.

Le premier ne vit que pour la création, il dépasse rarement plus de 3 ou 4 années à travailler sur une création d’entreprise. Ce qui l’intéresse, c’est l’idée, la solution unique qu’il crée pour répondre à un besoin et la conception d’un modèle économique qui fonctionne. Lorsqu’il se réveille le matin, la première chose à laquelle il pense, c’est sa prochaine étape. Lorsqu’il a atteint une certaine stabilité, il vend son entreprise ou recrute une équipe pour la gérer à sa place. Le serial entrepreneur n’a pas besoin d’être un bon manager. Ses qualités sont la créativité, l’anticipation, le goût du risque, sa capacité à convaincre et sa rapidité à prendre des décisions.

Le second crée une entreprise par vocation. Peut-être parce que c’est son rêve depuis longtemps ou bien qu’il a été salarié dans un secteur pendant un certain temps et qu’il entend désormais voler de ses propres ailes. Son job est de résoudre les problèmes qui se présentent à lui, tout en réfléchissant au développement de son entreprise. Pour cela il doit s’entourer de gens de confiance à qui il peut déléguer des tâches, car son objectif, c’est de faire vivre son entreprise le plus longtemps possible. L’entrepreneur-dirigeant doit être un bon manager. Ses qualités sont le sens de l’organisation, la communication, le travail en équipe et sa capacité à motiver et inspirer. 

Aucun entrepreneur n’est 100% l’un ou 100% l’autre, nous sommes tous un mélange des deux, avec des dosages différents.

Les qualités citées précédemment sont d’ailleurs loin d’être incompatibles : on peut avoir le goût du risque et très bien travailler en équipe, on peut être très créatif et savoir communiquer.

Il est aussi important de rappeler que les TPE et PME représentent 99% des entreprises et qu’elles emploient 50% des salariés en France. Bien souvent, ces créateurs d’entreprise le font par passion ou vocation, et sont tout autant impliqués dans la stratégie que dans l’opérationnel. Ils doivent avoir le détachement et l’isolement nécessaire pour voir loin, mais aussi être au quotidien avec les équipes pour continuer de les motiver et garder les rouages bien huilés.

De toute évidence, le profil de l’entrepreneur français penche plus vers celui du dirigeant/manager que du serial entrepreneur. Cela ne veut pas dire que ce dernier n’existe pas, et vous avez tout à fait le droit d’aimer la phase de création d’entreprise tout en ayant la gestion et le management en horreur.

C’est d’ailleurs ce que confesse Thibaud Elzière, fondateur de Fotolia et d’eFounders, dans cette interview“J’ai toujours été fasciné par les 18 premiers mois d’une entreprise durant lesquels on s’emploie à transformer une idée en quelque chose de concret. Je suis passionné par la phase d’idéation [...] mais je suis moins enthousiaste concernant la phase qui suit ce cycle de création”.

Alors, amies et amis entrepreneurs, devez-vous aussi être de bons managers ? La réponse se trouve dans la raison pour laquelle vous créez votre entreprise : si votre objectif est le long terme, si vous montez un projet durable alors la réponse est oui, car vous aurez besoin de vous entourer d’une équipe de confiance.

Car rappelez-vous que seul on va plus vite, mais qu’ensemble on va plus loin.

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Article originellement posté sur LinkedIn ici